Zhou Shichao:une symphonie en rock majeur

Par Claude Darras


La triple idée d’indépendance, de musique et de métamorphose, dont quarante années de création témoignent, semble commander le destin exceptionnel de Zhou Shichao. Né le mercredi 24 novembre 1965 à Qingdao, ville portuaire du Shandong sur les rives de la mer Jaune, le peintre chinois explore de nouvelles dimensions chromatiques pareilles à celles qu’investissaient jadis les peintres vénitiens de la Renaissance, l’École espagnole avec El Greco et Velázquez et les impressionnistes conduits par le français Claude Monet et le flamand Vincent Van Gogh. Rebelle à toute tyrannie d’école, il rejette très tôt la dictature du sujet et les conventions de l’Académie. En fait, dans les aquarelles des années 1999-2010 comme dans les huiles de l’actuelle décennie, il divise la matière, disloque la lumière du prisme et fait éclater les couleurs. L’existence d’un lien entre le coloriste etååååå la musique ne procède pas de l’unique obsession à incorporer la dissonance dans les combinaisons harmonieuses du tableau afin d’organiser une distribution particulière des couleurs. Ce lien se noue à l’orée des années 1990, semble-t-il, à Jinan, capitale du Shandong où le jeune maître assistant aux beaux-arts se révèle un passeur inspiré des rockers asiatiques de la deuxième génération (Tang Dynasty, La Panthère Noire) en Chine du Nord. Quelque temps auparavant, il pressent que chacune de ses œuvres possède une structure quelque peu symphonique et que ses compositions de « couleur-musique » peuvent être considérées comme les premières peintures véritablement abstraites, sans référence appuyée des objets identifiables. À l’image des compositeurs qui pratiquent toutes les formes de la fragmentation, du morcellement, de la décomposition des sons et des timbres, il restitue sur la toile de lin ou le vergé du papier les sensations subtiles de coups de foudre et les impressions fugitives de visions prophétiques, portées les unes et les autres à leur maximum d’intensité par une imagination souveraine. La Florence de Léonard apparaît sous des ciels pétris de soufres infernaux, le Marseille de Notre-Dame de la Garde est incendié de coulées de métaux et de cristaux en fusion, les artères de Pékin sont taillées dans une éblouissante palette de verts et de gris intenses et fébriles, les toits rouges de la brasserie Tsingtao de sa cité natale se gondolent sous la torsion frénétique d’une brosse en furie… Le portrait du modèle ne livrerait pas toute sa vérité, ni sa pleine modernité si nous passions sous silence la puissance du souffle ancestral qui le porte issu des profondeurs d’une civilisation millénaire. Les antiques épigraphes gravées au burin sur les hautes stèles de granit de la maison natale de Confucius à Qufu, les sacro-saintes saynètes de nobles dames au chapeau corné et de moines vénérables déroulées sur les parois des grottes bouddhiques de Mogao à Dunhuang, les contes des preux chevaliers des wuxia, ces romans de cape et d’épée qui enchantent les écoliers de l’empire du Milieu depuis la fin du XIXe siècle figurent sous les strates de ses peintures. Regardez bien, regardez encore et vous les verrez.


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